une femme tenant un ordinateur portable
Photo de Microsoft 365 sur Unsplash

La place de la femme : ce qui a changé, et ce qui reste à changer

Pendant longtemps, la place des femmes dans la société a été définie par des règles qu’elles n’avaient pas choisies. Pendant des siècles, elles ont été limitées à certains rôles, souvent liés au foyer, à la maternité ou à l’image qu’elles devaient renvoyer. Même si de nombreux droits ont été acquis au fil du temps, l’évolution de la condition féminine ne signifie pas que toutes les inégalités ont disparu.

I – Une place longtemps imposée par la société

Pendant longtemps, la place des femmes dans la société est définie par les hommes. Elles sont considérées comme inférieures, mais aussi comme fragiles, émotives et influençables, ce qui justifie leur exclusion de la vie citoyenne.

Dès la Révolution française, elles sont mises à l’écart de la citoyenneté. En 1793, un texte dit que « tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans, est admis à l’exercice des droits de citoyen ».Les femmes ne sont pas concernées et ne peuvent ni voter ni participer à la vie politique.

Cette inégalité est renforcée par le Code civil de 1804, qui considère les femmes comme juridiquement incapables. Elles sont sous l’autorité de leur père puis de leur mari. Une femme mariée ne peut pas gérer ses biens ni son argent, et doit obéir à son époux. Elles ne peuvent pas prendre de décisions seules que ce soit pour elle ou pour leurs enfants. C’est le père ou le mari qui a le dernier mot et qui est considéré comme le chef de famille. Il est le seul à détenir l’autorité parentale.

Le rôle des femmes est limité à celui d’épouse et de mère. Elles n’ont accès qu’à certains métiers jugés « féminins », comme la couture ou la vente. Leur liberté est également restreinte dans la vie quotidienne : en 1800, une loi leur interdit, par exemple, de porter des pantalons.

Certaines femmes dénoncent cette situation. En 1791, Olympe de Gouges publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dans laquelle elle déclare que les femmes doivent être libres et égales aux hommes. Elle sera exécutée deux ans plus tard.

L’accès à l’éducation reste très limité. C’est seulement en 1861 que Julie-Victoire Daubié devient la première femme à obtenir le baccalauréat en France. Elle sera ensuite en 1871, la première femme licenciée de lettres à la Sorbonne. Quelques années plus tard, les lois de Jules Ferry, votées entre 1881 et 1882, rendent l’école gratuite, obligatoire et laïque, permettant enfin aux filles comme aux garçons d’aller à l’école. Cependant, leur enseignement reste très différent : les filles reçoivent principalement des cours de couture, de cuisine ou de travaux ménagers alors que les garçons sont davantage préparés aux études et aux professions jugées importantes. Jules Ferry déclare : « L’école primaire doit préparer les garçons aux futurs travaux de l’ouvrier et du soldat, les filles aux soins du ménage et aux ouvrages de femme»

Au 19e siècle, l’avortement est considéré comme un crime. L’article 317 du Code pénal de 1810 punit toute personne ayant pratiqué ou tenté de pratiquer un avortement même avec le consentement de la femme. Les peines peuvent aller jusqu’à l’emprisonnement et aux travaux forcés.

Néanmoins, les avortements clandestins existent, souvent pratiqués dans des conditions très dangereuses. Parmi les méthodes utilisées figurent notamment l’introduction d’objets dans l’utérus afin de percer la poche des eaux, tels que :

  • Des aiguilles à tricoter
  • Des baleines de parapluie ( tige fine en métal qui soutient la toile du parapluie et le permet de rester ouvert)
  • Des épingles à cheveux
  • Des branches d’arbres
  • Des fils de fer

Tous ces objets étaient utilisés dans l’espoir de percer la poche des eaux, d’ouvrir le col de l’utérus ou de provoquer une infection entraînant des contractions, des saignements et des fausses couches. Ce n’est qu’à ce moment-là que certaines femmes pouvaient être prises en charge à l’hôpital et subir un curetage (intervention médicale qui consiste à vider l’intérieur de l’utérus à l’aide d’instruments spécialisés ou d’une aspiration) qui pourrait leur sauver la vie.

Les femmes qui y ont recours risquent non seulement leur santé, mais aussi des sanctions pénales, comme l’emprisonnement ou une amende . Ces sanctions visent notamment celles que l’on appelle les « faiseuses d’anges », c’est-à-dire des femmes qui pratiquent les avortements illégaux.

II- Quand les choses ont-elles commencé à changer ?

À partir du 20e siècle, la condition des femmes commence progressivement à évoluer. Petit à petit, elles obtiennent davantage de droits et gagnent en indépendance.

L’accès à l’éducation change d’abord. En 1924, les filles et les garçons suivent enfin les mêmes programmes scolaires et passent le même baccalauréat. Puis, en 1976, la mixité devient obligatoire dans tous les établissements scolaires publics.

Les femmes obtiennent également plus de place dans la vie politique. En 1944, elles obtiennent le droit de vote grâce à une ordonnance du gouvernement provisoire de la République française. Elles votent pour la première fois l’année suivante, lors des élections municipales de 1945. 

En 1946, l’égalité entre les femmes et les hommes devient même un principe inscrit dans la constitution française.

Peu à peu, elles gagnent également leur indépendance financière. En 1881, elles peuvent ouvrir un livret d’épargne sans l’autorisation de leur mari. En 1907, les femmes mariées ont enfin le droit de disposer librement de leur salaire. Mais c’est surtout la réforme de 1965 qui marque un tournant : elles peuvent désormais travailler, ouvrir un compte bancaire et gérer leurs biens sans l’accord de leur mari.

Les droits liés au corps et à la santé des femmes évoluent également. Après des décennies d’interdiction, la contraception est autorisée en 1967 grâce à la Loi Neuwirth. Quelques années plus tard, Simone Veil propose la loi Veil, qui autorise l’IVG en 1975. Cette loi devient définitive en 1979.

simone veil” de ActuaLitté sous licence CC BY 2.0

D’autres avancées importantes suivent. En 1970, l’autorité parentale remplace l’autorité paternelle, donnant aux deux parents les mêmes droits dans la famille. En 1975, le divorce par consentement mutuel est autorisé.

Le monde du travail évolue lui aussi. Pendant longtemps, les femmes sont moins payées que les hommes et ont plus difficilement accès à certains postes. En 1971, le principe « à travail égal, salaire égal » est reconnu. Puis, en 1983, la Loi Roudy permet l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes

III- Des inégalités qui persistent

Aujourd’hui, les femmes ont les mêmes droits que les hommes sur le papier, mais les inégalités restent encore très présentes dans beaucoup de domaines de la société.

À l’école, par exemple, les filles ont souvent de meilleurs résultats scolaires que les garçons. Pourtant, elles se dirigent encore majoritairement vers des métiers liés au soin, au social ou à l’éducation, alors que certains secteurs mieux payés restent surtout masculins. Même si les femmes sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes, elles ne représentaient en 2020 que 43 % des cadres et des professions intellectuelles supérieures bien que cette proportion ait doublé depuis les années 80.

Dans le monde du travail, les écarts restent importants. En 2024, le salaire moyen des femmes dans le privé restait inférieur de 21,8 % à celui des hommes. Une partie de cet écart s’explique par le fait que les femmes travaillent plus souvent à temps partiel ou arrêtent parfois leur carrière après l’arrivée des enfants pour réussir à gérer la vie de famille et le travail. Mais même avec un temps de travail identique, les femmes gagnent encore moins que les hommes.

Les femmes ont aussi plus de mal à accéder aux postes les mieux payés. En 2024, elles représentaient 42 % des salariés du privé, mais seulement 24 % du 1 % des postes les plus rémunérés.

Ces inégalités continuent aussi au moment de la retraite. Comme les femmes ont souvent des carrières moins bien payées ou incomplètes, leurs pensions sont plus faibles. En 2019, les pensions des femmes retraitées étaient inférieures de 24 % à celles des hommes. En Provence-Alpes-Côte d’Azur l’écart montait même jusqu’à 31 % en 2020. Près de quatre femmes sur dix touchent moins de 1 000 euros de retraite contre seulement deux hommes sur dix.

Les femmes restent aussi moins présentes dans les postes importants en politique. En 2021, elles représentaient 42 % des élus municipaux mais seulement 20 % des maires.

Le sport féminin est lui aussi marqué par des inégalités. Pendant longtemps, les femmes ont été exclues des Jeux olympiques, car elles étaient considérées comme le « sexe faible ». Grâce à Alice Milliat, les femmes ont finalement réussi à intégrer certaines compétitions olympiques après l’organisation des premiers Jeux olympiques féminins à Paris en 1922.

Même aujourd’hui, les différences restent énormes. En 2020, parmi les 100 sportifs les mieux payés au monde, seules deux femmes apparaissaient dans le classement : Naomi Osaka et Serena Williams. Le sport féminin reçoit aussi beaucoup moins de visibilité dans les médias, puisque seul 4 % du contenu sportif diffusé concerne les femmes.

Sources images : “Simone Biles” de Susie Butler sous licence CC BY-NC-SA 2.0 et “Serena Williams” de Carine06 sous licence CC BY-SA 2.0

Enfin, les femmes sont encore très souvent jugées sur leur apparence. Dans certains sports, les tenues féminines sont plus courtes ou plus moulantes que celles des hommes. Le but est parfois de rendre les sportives plus « attirantes » pour le regard masculin plutôt que de privilégier leur confort ou leurs performances.

Même si la condition des femmes a énormément évolué depuis le 19e siècle, les inégalités entre les femmes et les hommes sont encore présentes aujourd’hui, notamment dans le travail, le sport, la politique ou encore dans la manière dont la société perçoit les femmes.

IV- Ces femmes parmi tant d’autres qui ont marqué l’histoire

Olympe De Gouges

Figure importante de la Révolution française, elle défend très tôt l’égalité entre les hommes et les femmes. En 1791, elle écrit La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne pour dénoncer le fait que les femmes soient exclues des droits politiques. Pendant la Terreur, ses idées dérangent et elle est guillotinée le 3 novembre 1793. Aujourd’hui, elle est devenue un symbole du combat féministe en France.

Simone Veil

Magistrate puis femme politique, elle marque l’histoire française en faisant adopter en 1975 la loi autorisant l’IVG (interruption volontaire de grossesse). À une époque où le sujet reste très tabou, elle subit de nombreuses attaques, mais continue de défendre les droits des femmes. Elle devient aussi la première femme présidente du Parlement européen élu au suffrage universel. Depuis 2018, elle repose au Panthéon.

Marie Curie

Marie Curie” de Tekniska museet sous licence CC BY 2.0

Scientifique d’origine polonaise devenue française, elle est la première femme à recevoir un prix Nobel et demeure encore aujourd’hui la seule à en avoir obtenu deux dans deux disciplines différentes : la physique et la chimie. Ses découvertes sur la radioactivité ont fait avancer la médecine et la recherche scientifique. À une époque où les sciences sont presque réservées aux hommes, elle ouvre la voie aux femmes scientifiques. Elle entre au Panthéon en 1995.

Malala Yousafzai

Très jeune, elle se bat pour le droit des filles à aller à l’école au Pakistan, où les talibans interdisent parfois l’éducation des femmes. Victime d’une tentative d’assassinat à seulement 15 ans, elle survit et continue son combat dans le monde entier. En 2014, elle devient la plus jeune personne à recevoir le prix Nobel de la paix.

Josephine Baker

Née en Amérique durant une période marquée par le racisme et la ségrégation, Joséphine Baker devient une immense artiste en France dans les années 1920. Première star noire internationale, elle utilise sa célébrité pour lutter contre le racisme et défendre la liberté. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle rejoint la résistance française et aide les services secrets. En 2021, elle devient la première femme noire à entrer au Panthéon.

Emma Watson

Grande actrice britannique, elle utilise aujourd’hui sa notoriété pour défendre l’égalité entre les femmes et les hommes. En 2014, elle devient ambassadrice d’ONU Femmes et participe à la campagne HeForShe, qui encourage aussi les hommes à s’engager contre les inégalités. Elle soutient également l’éducation des jeunes filles dans plusieurs pays.

V- Ces films inspirants

Little Women

Jo se passionne pour l’écriture, Meg rêve d’être actrice, Beth excelle au piano et Amy aspire à devenir une grande peintre. Ces quatre sœurs de bonne famille grandissent dans le Massachusetts pendant la guerre de Sécession. Malgré l’absence de leur père parti au front et les difficultés financières de leur mère, elles débordent d’énergie pour accomplir leurs ambitions et s’émanciper, entourées de leur riche tante et de leur voisin Laurie.

Le message féministe derrière ce film est dans la volonté d’indépendance de ces jeunes femmes à une époque où la société limitait leurs droits et leurs choix. Greta Gerwig en fait des héroïnes d’aujourd’hui en montrant leur combat pour vivre de leurs talents, refuser les destins tout tracés et prouver qu’une femme peut dicter sa propre vie.

Barbie

Dans le monde parfait de Barbieland, les femmes occupent tous les postes importants et dirigent la société, tandis que les hommes n’ont pas de vrai rôle ni de responsabilités. Tout bascule lorsque Barbie et Ken quittent leur univers pour aller dans le monde réel. Ils découvrent alors une société totalement différente, où les hommes ont le pouvoir, ce qui va complètement bouleverser leur vie.

Le message féministe du film est mis en lumière par le célèbre discours d’une mère humaine venue du monde réel. Ce monologue dénonce la réalité des pressions quotidiennes et toutes les règles contradictoires imposées aux femmes, ce qui aide Barbie à retrouver sa motivation. Le film montre aussi que l’on peut aimer la mode et le rose tout en étant intelligente et puissante.

Hidden Figures

Ce film raconte l’histoire vraie de Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson, trois brillantes mathématiciennes afro-américaines dans les années 1960. Embauchées par la NASA à une époque où les ordinateurs n’existaient pas encore, elles vont devoir faire leurs calculs à la main et surmonter d’énormes obstacles pour aider les États-Unis à envoyer leur premier astronaute dans l’espace.

Le message féministe montre que ces femmes ont dû mener un double combat. Elles ont dû se battre en même temps contre le sexisme (parce que c’étaient des femmes moins payées et moins respectées) et contre le racisme (parce qu’elles n’avaient pas les mêmes droits que les blancs, comme l’obligation d’utiliser des toilettes séparées).