opened brown wooden window
Photo by Katerina on Unsplash

La fenêtre d’Overton : comment une idée politique devient populaire

opened brown wooden window
Photo de Katerina sur Unsplash

Dans les médias, les débats télévisés, nous entendons parler de la fenêtre d’Overton. Mais concrètement, qu’est-ce que c’est ? Et pourquoi cette idée est-elle plus dangereuse qu’il n’y paraît ? 

D’où vient ce concept ?

Provenant directement des États-Unis, il a été théorisé par Joseph Paul Overton (1960-2003), ex-vice-président du think tank Mackinac Center for Public Policy basé dans le Michigan. En 1990, alors que le projet de ce groupe de réflexion est d’orienter l’opinion publique en faveur du libéralisme, Joseph soumet un concept :

Une fenêtre ou un cadre contenant toutes les idées politiques qu’une population est prête à accepter. Ainsi toutes les idées qui en sortent sont jugées radicales ou intolérables. 

Le politologue Clément Viktorovitch, décrit ainsi la fenêtre d’Overton : “De choquante, inadmissible, elle devient progressivement radicale, puis familière, puis populaire. Et in fine peut-être, elle s’incarne dans le corpus législatif, elle prend corps dans la loi elle-même.

Cette théorie émerge actuellement au sein des corps politiques.

Son instrumentalisation politique

Ce terme s’est surtout démocratisé depuis quelques années au sein des médias, dans les débats politiques. La récupération politique de ce terme est utilisée pour persuader les électeurs, notamment par les groupes politiques extrémistes.

C’est ce que l’on remarque dans les campagnes du Président américain Donald Trump.

En effet, selon le Washington Post, durant ses différentes campagnes, le Président américain mentirait 30 fois par jour. Ces chiffres semblent énormes mais nous pouvons y voir une stratégie bien ficelée de la part du Président.

  • Enchaînement de “fake news” visant à diaboliser certaines populations : “À Springfield, ils mangent des chiens, les gens qui viennent (des migrants, NDLR), ils mangent des chats. Ils mangent les animaux de compagnie des habitants. C’est ce qui se passe dans notre pays.

Cette idée, d’abord évoquée par Trump lors d’un débat avec Kamala Harris, est née de théories de groupuscules de droite radicale sur les plateaux télévisés avant que le doute ne s’installe dans la tête des électeurs. Et c’est comme cela que la fenêtre d’Overton s’élargit.

Selon Clément Viktorovitch“c’est le moment où on n’a même plus besoin de fenêtre d’Overton puisqu’on peut dire n’importe quoi, les gens se disent ce n’est pas vraiment vrai. Sauf que derrière, Donald Trump, il fait ce qu’il dit.”

En regardant vers la France, nous pouvons apercevoir l’utilisation de la fenêtre d’Overton. Les idées d’Éric Zemmour ont notamment permis son élargissement. Candidat à l’élection présidentielle de 2021, ce politicien a émis pour la première fois dans les médias la théorie du “grand remplacement”, théorie popularisée par l’écrivain Renaud Camus.

Il continuera d’utiliser ce terme avant que d’autres politiciens l’utilisent peu à peu. Des groupes de droite radicale mais aussi de droite l’utiliseront et c’est comme cela qu’une simple théorie complotiste se démocratise et devient envisageable.

Mais intéressons-nous précisément à l’élargissement de cette fenêtre ; comment cela est-il possible ?

assemblée national durant un débat politique
Photo de Marco Oriolesi sur Unsplash

La fenêtre d’Overton

Cette idée est catégorisée en 6 degrés d’acceptation de ce qui peut être dit dans le débat public :

  • impensable ;
  • radical ;
  • acceptable ;
  • raisonnable ;
  • populaire ;
  • politique publique ;

Ce que l’on remarque lorsque l’on entend parler de ce terme est que cette fenêtre n’est pas fixe, elle dépend du développement du pays, des gouvernements et des débats publics. Elle se popularise par son utilisation dans les médias, sur les réseaux sociaux et devient connue de tous, donc tolérable.

Une idée autrefois impensable peut devenir radicale puis acceptable. 

Cette fenêtre peut s’ouvrir et se fermer aux différents débats : il y a 200 ans, l’esclavage était une idée de « politique publique » et est devenu impensable aujourd’hui. Et à l’inverse, il y a 200 ans, l’homosexualité était impensable et c’est aujourd’hui une idée de « politique publique ».

Un exemple clair permet d’illustrer cette théorie.

L’exemple du réalisateur russe Nikita Mikhalkov

Cet exemple est abordé ici de manière superficielle. Si vous souhaitez en apprendre plus, voici des liens.

 Fenêtre d’Overton, Wikipédia.

– Connaissez-vous la fenêtre d’Overton ? LinkedIn

Afin d’illustrer ce concept, il pose une question très connue : comment rendre le cannibalisme acceptable ? 

  • La société considère que le cannibalisme est immoral. 
  • Des colloques vont être organisés avec des scientifiques pour comprendre cette pratique.
  • Un groupuscule pro-cannibalisme parle de cette pratique dans les médias.

Elle n’est plus impensable mais radicale.

  • Les conclusions des colloques scientifiques apparaissent et ceux qui sont toujours réticents à cette idée sont perçus comme étant contre la science.
  • Le mot cannibalisme n’apparaît plus tel quel, mais devient le mot anthropophagie, qui est un terme plus technique et plus doux avec moins de connotations négatives.

À présent, elle intègre le débat public, passant de radical à acceptable.

  • En cas de famine, le cannibalisme peut être pratiqué et il faut se nourrir pour survivre.

Le fait d’utiliser un exemple général permet de faire passer cette idée d’acceptable à tolérable.

  • À présent que cette idée est devenue tolérable, elle apparait dans les films, dans les livres, les séries.
  • Maintenant que cette idée est devenue populaire, il faut une représentation politique pour les adeptes de l’anthropophagie afin que chacun puisse se sentir représenté.
  • Est-il possible de légaliser cette pratique afin que ses consommateurs puissent pratiquer cette consommation librement ? Avec un marché de la chair humaine ? Cette idée devient un débat de politique publique.

Cet exemple peut paraître complètement absurde, mais il démontre comment une idée extrême peut devenir populaire par des mécanismes ficelés et s’ancrer dans le débat public avec le temps.

Selon un article publié par l’universitaire espagnol Luis Segura, cette fenêtre permet de “changer radicalement les opinions des gens, sans qu’ils réalisent le moins du monde qu’ils ont été habilement et complètement manipulés”.

Comment lutter contre le déplacement de la fenêtre d’Overton ? 

Omniprésente de manière dissimulée, cette pratique est possiblement inévitable pour une personne qui regarde les chaînes d’information. Toutefois, certaines méthodes peuvent être envisagées afin de délier le vrai du faux dans le débat public.

  • Se souvenir des principes fondamentaux régis par notre société (les RGPD, les droits constitutionnels). Lorsqu’une idée (notamment haineuse) apparait dans les discours politiques, il faut se demander si elle va à l’encontre ou non des principes démocratiques français.
  • S’éduquer sur les sujets et avoir un esprit critique. Aujourd’hui, nous avons l’opportunité de nous éduquer de plusieurs manières (documentaires, livres, séries, articles de blog Workyt par exemple). Le fait de s’éduquer soi-même, sans qu’une idéologie politique intervienne dans notre jugement, permet de faire travailler notre esprit critique et de permettre à chacun d’avoir sa propre opinion sur les sujets.
calm body of water near brown mountain under white and gray sky
Photo de R Mo sur Unsplash

Pour en apprendre plus sur différents sujets :

S’informer de toute l’actualité en seulement 10 minutes avec Hugo Décrypte

Comprendre les lois anti-IVG aux États-Unis

La liberté d’avorter, un droit français