Les sans-abris et l’architecture hostile, une arme politique ?

L’architecture est parmi nous sous toutes les formes : des pierres positionnées près des portes d'entrée, des bancs avec des accoudoirs esthétiques ou encore les rebords des devantures de magasins inclinés. Tout laisse penser que ces aménagements urbains ont pour but de sublimer les villes, mais ce n'est pas réellement dans un but de modernité des lieux qu'ils sont installés. Découvre comment l'architecture impacte les sans-abris.

L’architecture est parmi nous sous toutes les formes : des pierres positionnées près des portes d'entrée, des bancs avec des accoudoirs esthétiques ou encore les rebords des devantures de magasins inclinés. Tout laisse penser que ces aménagements urbains ont pour but de sublimer les villes, mais ce n'est pas réellement dans un but de modernité des lieux qu'ils sont installés. Découvre comment l'architecture impacte les sans-abris.

Personne assise par terre dans la rue, tenant une pancarte pour demander de l’aide.
Photo de Ev sur Unsplash
  • L’Agence nationale pour l’information sur le logement et la Fondation pour le logement accompagnent et conseillent gratuitement sur toutes questions.
  • Le 115 est le numéro gratuit dédié à l’hébergement d’urgence et aux personnes sans abri ou en situation de détresse sociale en France.

L’architecture est parmi nous sous toutes les formes : des pierres positionnées près des portes d’entrée, des bancs aux accoudoirs esthétiques ou encore les rebords des devantures de magasins inclinés. Tout laisse à penser que ces aménagements urbains ont pour but de sublimer, mais ce n’est pas réellement dans un but de modernité. Alors qu’une des priorités de la campagne du président Emmanuel Macron était d’éradiquer la pauvreté et les personnes sans logement en France, on compte en 2024 plus de 350 000 personnes dont plus de 2 000 enfants sans domicile fixe, selon la Fondation pour le logement.

Malgré de nombreux dispositifs mis en place en France pour lutter contre cette précarité, une nouvelle forme d’exclusion apparaît dans l’espace public, dans une volonté de moderniser les rues, l’architecture hostile comme arme politique.

Le but est de rendre le mobilier urbain plus inconfortable sans pour autant blesser. Alors que l’on perçoit ce nouveau design comme une révolution moderne avec des matériaux ergonomiques, la réalité est toute autre.

Pour comprendre le principal aspect du mobilier hostile, il faut dans un premier temps comprendre les enjeux et le cadre de la crise du logement en France. La crise du logement touche plus de 4 millions de personnes en France alors que plus de 12 millions ont des difficultés liées à leur logement. Les principaux problèmes sont : la suroccupation, l’insalubrité, la précarité énergétique, les dépenses excessives ou encore le sans-abrisme.

En France, l’aide au logement représente 42 milliards d’euros et se déploie sur différentes formes d’aides : les subventions, les allégements fiscaux mais aussi la bonification de prêt à taux 0. ( Accessibles sous certaines conditions de ressources,) ces aides sont aussi proposées aux personnes précaires :

  • L’APL (aide personnalisée au logement)
  • L’ALS (allocation de logement social)
  • Le DALO (droit au logement opposable) qui permet aux personnes sans logement ou mal logées de pouvoir faire valoir leur droit à un hébergement décent auprès des autorités publiques.

L’hébergement d’urgence est proposé aux personnes en situation de vulnérabilité. Ce système pourtant essentiel pour assurer un confort et une stabilité aux personnes dans le besoin est confronté à une saturation à cause des capacités d’accueil insuffisantes.

Ces solutions temporaires provoquent des risques sanitaires, des violences et de l’insécurité, sans parler de l’impact psychologique que ces hébergements surchargés peuvent causer. Celui d’urgence est donc une solution à court terme, qui ne résout pas le problème initial. 

Quand nous savons qu’en France, plus d’1 personne sur 5 vit dans la précarité (monétaire, énergétique, alimentaire ou numérique), il parait important de se demander quels sont les moyens efficaces de lutter contre cette pauvreté. Pourquoi masquer l’incapacité des pouvoirs publics à résoudre la crise derrière des bancs aux accoudoirs modernes ?

Banc en bois noir et blanc installé dans un parc, entouré de pelouse sans architecture hostile.
Photo de Christian GAFENESCH sur Unsplash

L’architecture hostile ou mobilier urbain anti-SDF est une théorie urbaniste et architecturale des années 1980 provenant du CPTED (Crime Prevention Through Environmental Design ou Prévention du crime par l’aménagement du territoire). Son objectif ? Organiser l’espace public pour le sentiment de sécurité et décourager les comportements criminels. Les moyens d’organiser l’espace public commencent par l’entretien, avec le nettoyage des graffitis par exemple, afin de ne pas montrer que l’espace est à l’abandon. Il ne faut pas négliger la vigilance naturelle qui permet aux délinquants d’être toujours vus et donc dissuadés. D’autres moyens entrent en compte comme la territorialité, le support d’activités ou le contrôle d’accès naturel.

Bien que cette théorie n’ait pas de lien direct, certaines politiques utilisent cette prévention aux crimes comme moyen de chasser les individus qui vivraient dans la rue. Ce processus de gentrification est visible dans toutes les villes afin de rendre plus attractifs certains lieux. 

L’exemple le plus frappant a été lors des Jeux olympiques de Paris de 2024, à la dynamique accélérée : barrières contre le squat, bancs anti-allongements… De nombreuses violations du droit à la ville et de l’accessibilité face à une ville repensée pour les touristes. 

Une vague de contestations des citoyens et des associations contre la ville de Paris, notamment pour usage abusif de la CPTED et le manque de transparence sur les critères d’installation des dispositifs. D’autres militants de La Cloche et du DAL ont installé des matelas et des couvertures devant des rochers anti-SDF avec des pancartes : Paris 2024 : bienvenue aux touristes, interdiction aux pauvres ?

Souvent citée comme l’un des exemples les plus marquants d’architecture hostile, la ville est confrontée à une crise du sans-abrisme (350 000 en 2024). New York a alors multiplié les dispositifs pour limiter l’occupation de l’espace public.

Le MTA (Metropolitan Transportation Authority), dans le souci de lutter contre l’occupation des bancs par les sans-abris, supprima complètement le mobilier des métros. À la suite d’un scandale qui avait conclu que la ville avait enfreint une loi américaine sur l’accessibilité aux personnes en situation de handicap. Ils furent dans l’obligation de réintégrer des bancs, bancs qui comportent des accoudoirs directement sur l’assise empêchant quiconque de s’allonger.

New York a créé un espace moins fonctionnel, empêchant les personnes sans domicile fixe comme celles prenant simplement le métro de s’asseoir. 

La fondation pour le logement organise, grâce à son réseau d’associations partenaires (La Cloche et le DAL), depuis 2019 une cérémonie satirique nommée Le Pic d’Or pour récompenser les “pires dispositifs anti-SDF”. Cette cérémonie se déroule sous forme de récompenses par catégories : Fallait oser, faites ce que je dis pas ce que je fais, ni vu ni connu, bouge de là, le clou, c’est pas mieux ailleurs.

Des personnalités comme des humoristes viennent et alertent sur ce mobilier urbain hostile invisible. Ils dénoncent avec des mises en scène théâtrales et comiques les aménagements qui chassent les sans-abris des centres-villes tout en mobilisant l’opinion publique et les médias. Des militants associatifs interviennent également avec un seul discours : « En France, 300 000 personnes n’ont pas de logement. Pourtant, nos villes dépensent des millions pour les rendre invisibles

Des chiffres significatifs :

  • 12 villes ont été pointées du doigt lors de la cérémonie incluant Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux ou Toulouse.
  • 3 dispositifs ont été retirés après la cérémonie, notamment à Paris.
  • Plus de 500 000 personnes ont vu ou partagé des contenus liés au Pic d’Or.

En parallèle, depuis 2020, un hashtag #soyonshumains s’est répandu. Ce hashtag sur X (anciennement Twitter) permet aux utilisateurs d’alterner des dispositifs près de chez eux, puis reportés sur une carte interactive disponible sur le site de La Cloche.

Afin de contrer ces dispositifs qui suppriment les personnes sans domicile fixe de l’espace public, un moyen innovant commence à apparaitre. Le principe est de repenser l’espace urbain en créant un tiers-lieu », “un concept qui identifie des lieux qui ne sont ni domicile ni travail, mais des lieux de rassemblement public informel”. “Il s’agit de lieux neutres qui permettent aux gens de se rencontrer, d’interagir et de développer un sentiment d’appartenance à un lieu.” d’après Oldenburg, professeur de sociologie urbaine.

Ce concept permet alors de créer un espace neutre et accessible pour se reposer, socialiser comme Le Café Associatif et Solidaire (Paris), des médiathèques, des parcs ou même des espaces associatifs.

Loin de l’aménagement hostile des espaces publics, les différents moyens de contrer ce mobilier urbain anti-SDF permettent de ni invisibiliser, ni stigmatiser et permettre aux personnes sans domicile fixe de trouver un peu de réconfort. Tout cela loin d’une politique de la ville soucieuse de gentrifier au détriment des plus démunis.

Personne dormant sur un banc en métal dans la rue
Photo deJohn Moeses Bauan surUnsplash

Sources :