fake news
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Pourquoi les fake news deviennent-elles virales ?

Tu fais défiler ton fil d’actualité et une publication attire ton attention. Une découverte incroyable. Une annonce inquiétante. Une information qui semble tellement surprenante que tu as envie de cliquer, de commenter ou de l’envoyer à quelqu’un.

Quelques heures plus tard, elle est partout. Mais quelques jours après, on apprend parfois qu’il s’agissait d’une fake news, autrement dit d’une fausse information.

Alors pourquoi certaines fake news arrivent-elles à circuler aussi vite ? Est-ce parce que les gens sont trop crédules ?

En réalité, c’est beaucoup plus complexe. Les fake news ne se propagent pas seulement parce que des personnes se trompent. Elles utilisent souvent des mécanismes très humains : nos émotions, notre manière de réfléchir et notre façon d’interagir avec les autres. Comprendre ces mécanismes, c’est apprendre à mieux repérer les pièges.

homme assis sur le banc de lecture journal
Photo de Roman Kraft sur Unsplash

Les fake news circulent-elles vraiment plus vite ?

Sur Internet, toutes les informations ne se diffusent pas de la même manière.

En 2018, des chercheurs du MIT[i] ont publié une grande étude dans la revue Science sur la circulation des informations sur Twitter (aujourd’hui X). Ils ont analysé plusieurs millions de messages publiés entre 2006 et 2017 pour comprendre comment les vraies et les fausses informations se propageaient.

Leur conclusion : dans les données étudiées, les fausses informations circulaient plus rapidement, plus loin et atteignaient davantage de personnes que les informations vraies. Un élément intéressant ressort aussi de cette étude : cette diffusion ne s’expliquait pas uniquement par la présence des robots ou des comptes automatisés. Le comportement des utilisateurs jouait un rôle important.

Autrement dit, la question n’est pas seulement technologique, elle est aussi humaine.

Pourquoi une information surprenante attire autant notre attention ?

Imagine deux titres : « Une nouvelle étude analyse les effets du sommeil sur la concentration » et « Cette habitude que tu as tous les soirs pourrait détruire ton sommeil ». Lequel attire immédiatement ton regard ? Probablement le second.

Cela ne veut pas dire que tu manques d’esprit critique. Cela signifie simplement que ton cerveau réagit fortement à certaines émotions.

Les recherches en psychologie cognitive[ii] montrent que les émotions jouent un rôle important dans notre manière de sélectionner et de traiter les informations. Elles peuvent nous aider à réagir rapidement, mais elles peuvent aussi influencer notre jugement.

Une information a plus de chances de retenir notre attention lorsqu’elle provoque :

  • la surprise ;
  • la peur ;
  • la colère ;
  • la curiosité.

Ce mécanisme est connu depuis longtemps. Attirer l’attention est même devenu une partie essentielle de la communication. Les journaux choisissent leurs titres, les créateurs de contenu travaillent leurs accroches, les publicités cherchent à marquer les esprits. Même le titre de cet article a été choisi pour une raison : te donner envie de le lire.

Ce n’est pas forcément un problème. Chercher à intéresser quelqu’un pour lui transmettre une information, une idée ou une connaissance fait partie de la manière dont nous communiquons.

La difficulté apparaît lorsque ces mécanismes sont utilisés pour tromper.

Certaines fausses informations utilisent volontairement des titres très choquants ou inquiétants parce que les auteurs savent qu’une émotion forte peut nous pousser à réagir rapidement. Or, sur Internet, réagir rapidement signifie souvent cliquer, commenter ou partager.

À l’origine, notre capacité à repérer rapidement une information importante était utile : identifier une menace ou un changement dans notre environnement pouvait nous aider à agir. Mais face à la quantité d’informations que nous recevons aujourd’hui, ce réflexe peut parfois être exploité.

argent iphone 6 sur table en bois marron
Photo de Obi sur Unsplash

Notre cerveau utilise parfois des raccourcis

Pour prendre des milliers de décisions chaque jour, notre cerveau utilise des raccourcis mentaux. Ils sont souvent très utiles. Le problème, c’est qu’ils peuvent aussi nous tromper.

Ces raccourcis sont appelés des biais cognitifs. Ils sont étudiés en psychologie cognitive[iii] pour comprendre comment nous prenons des décisions et pourquoi notre jugement peut parfois être influencé.

En voici quelques-uns qui se jouent ici : 

Le biais de confirmation

Nous avons tendance à accorder plus facilement de l’importance aux informations qui confirment ce que nous pensons déjà.

Par exemple, si quelqu’un est persuadé qu’un réseau social est dangereux, il risque de remarquer davantage les articles qui vont dans ce sens et d’ignorer plus facilement ceux qui apportent une vision différente.

Ce n’est pas volontaire. Notre cerveau aime simplement retrouver des idées qui correspondent à ce qu’il connaît déjà.

L’effet de répétition

Une information vue plusieurs fois peut progressivement nous sembler plus familière, et parfois, ce qui semble familier peut donner une impression de vérité.

C’est pour cela qu’une même affirmation répétée partout sur Internet peut finir par paraître crédible, même lorsqu’elle devrait être questionnée.

Le biais d’autorité

Nous avons aussi tendance à faire davantage confiance à une information lorsqu’elle semble venir d’une personne reconnue. Lire « Des experts affirment que…» peut donner une impression de sérieux.

Mais une vraie démarche critique consiste à se demander : Quels experts ? Dans quel domaine ? Sur quelles preuves ?

Les réseaux sociaux accélèrent-ils le phénomène ?

Les réseaux sociaux n’ont pas créé les rumeurs. Bien avant Internet, les informations circulaient déjà entre les personnes. Ce qui a changé, c’est la vitesse et l’ampleur de diffusion. Aujourd’hui, une publication, y compris une fake news, peut être partagée des milliers de fois en quelques minutes.

Les plateformes mettent aussi souvent en avant les contenus qui provoquent beaucoup de réactions : commentaires, partages, discussions. Or, les contenus qui nous surprennent ou nous font réagir fortement retiennent  plus facilement notre attention.

Les réseaux sociaux n’ont donc pas inventé ces mécanismes humains. Ils peuvent simplement les amplifier.

Les enjeux liés à la désinformation sont aujourd’hui étudiés par de nombreuses institutions[iv], car la circulation rapide de contenus trompeurs peut avoir des conséquences sur notre manière de nous informer et de débattre.

homme tenant le téléphone en s'appuyant sur la table
Photo de charlesdeluvio sur Unsplash

Comment reconnaître une fake news ?

Avoir un esprit critique ne signifie pas douter de tout en permanence. Cela signifie prendre quelques secondes pour réfléchir avant de croire ou de partager une information.

Le CLEMI[v] (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information) encourage justement à apprendre à questionner les informations plutôt qu’à les accepter ou à les rejeter immédiatement.

Quelques réflexes simples peuvent aider :

  • Qui publie cette information ?
  • Quelle est la source originale ?
  • Est-ce que plusieurs sources fiables en parlent ?
  • Est-ce un fait ou une opinion ?
  • Est-ce que cette information cherche surtout à provoquer une émotion forte ?

Le but n’est pas de ne plus jamais se tromper. Tout le monde peut être surpris par une information.

Le plus important est d’apprendre à ralentir.

Dans un monde où tout va trop vite, réfléchir devient une force

Chaque jour, nous recevons une quantité immense d’informations. Certaines sont vraies, d’autres sont des fake news, d’autres encore sont simplement incomplètes ou sorties de leur contexte. Face à cela, l’objectif n’est pas de se méfier de tout, mais d’apprendre à se poser les bonnes questions.

Aujourd’hui, savoir chercher une information est important, mais comprendre pourquoi on y croit et vérifier si elle est fiable l’est tout autant.


Sources :

[i] MIT — The spread of true and false news online (Science, 2018)
Étude sur la diffusion des vraies et fausses informations sur Twitter/X et le rôle des comportements humains dans leur propagation.

[ii] CNRS — Désinformation, cognition et biais cognitifs
Articles de vulgarisation scientifique sur les mécanismes psychologiques qui influencent nos croyances et notre rapport à l’information.

[iii] id :CNRS — Désinformation, cognition et biais cognitifs

[iv] Vie publique — Désinformation et fausses informations
Ressources expliquant les enjeux sociaux liés à la circulation des fausses informations.

[v] CLEMI — Éducation aux médias et à l’information
Ressources pour apprendre à analyser les informations, comprendre les médias et développer son esprit critique.

Curieuse de comprendre les parcours, les apprentissages et toutes ces petites questions qui accompagnent les grandes étapes de la vie, j’écris pour aider chacun à avancer avec un peu plus de confiance. À travers mes articles, j’aime rendre les sujets complexes plus accessibles, explorer de nouvelles idées et questionner les évidences. Mon objectif : transmettre des clés pour mieux comprendre le monde, les autres… et parfois soi-même. Derrière chaque élève, il y a avant tout une personne qui grandit, doute, découvre et construit peu à peu sa propre histoire.