Photo : Florence Branchard

Devenir photographe indépendant : 10 questions à une pro

Pour deux articles spéciaux « avenir post-bac », la rédaction Workyt a eu la joie de rencontrer Florence Branchard, photographe et graphiste lyonnaise, qui a décidé de travailler à son compte, en freelance. Comment travailler dans ces domaines en indépendant après le bac ? En 10 questions, elle vous confie tous les secrets du métier !

Florence Branchard s'est lancée en tant que photographe indépendante, nous lui avons posé 10 questions pour tout comprendre de ce métier en freelance.
Florence Branchard s’est lancée en tant que photographe indépendante, nous lui avons posé 10 questions pour tout comprendre de ce métier en freelance.

1. Quel est ton parcours, en tant que photographe ?

Cela fait depuis le collège que je me destine à être photographe. Juste après avoir fait un stage d’observation dans un centre équestre, où j’ai beaucoup photographié, j’ai compris quel était mon vrai dada. J’ai donc suivi un cursus de 3 ans dans une école supérieure d’art, l’École de Condé à Lyon, afin d’apprendre et de perfectionner les techniques de photographie numérique et argentique. En plus de la théorie, nous avons eu droit à des exercices en studio et en extérieur, et nous avons expérimenté de plus anciens médiums comme la chambre noire. 

Le fait d’avoir effectué des stages pendant ces années m’a donné accès à de supers expériences, comme tirer le portrait de Mercotte lors d’un stage dans une maison d’édition, ou encore photographier dans les studios du magazine Elle. Avant de rentrer dans cette école, je pratiquais déjà la photographie depuis longtemps, ce qui m’a permis d’avoir un portfolio pour m’inscrire dans cet établissement.

J’avais donc commencé à pratiquer en autodidacte mais l’école m’a donné le cadre d’apprentissage, d’aller plus loin. Et elle m’a surtout permis de « travailler mon regard », comprendre ce qui fonctionne ou non dans l’image, et avoir une bonne culture de la photo. Quelque soit la manière d’apprendre, il est important de creuser ces derniers points. Vous pouvez être autodidacte si la méthode d’apprentissage en école ne vous convient pas, mais il faut garder à l’esprit qu’il faut beaucoup pratiquer, apprendre la théorie (la physique est très importante en photo !), comprendre le travail en studio et sans cesse se cultiver sur l’histoire de la photo d’hier et d’aujourd’hui.

Après mon bachelor, j’ai préféré décrocher un CDI pour commencer, afin d’apprendre encore au sein d’un studio de photos e-commerce. En parallèle, j’ai créé mon autoentreprise pour me faire la main sur d’autres prestations et commencer à avoir des contacts client. Ce n’est qu’après plusieurs années que je me suis décidée à me lancer pleinement en freelance.

Dans les backstage d’un shooting photo de marque à la montagne, pour une collection de vêtement, par Florence Branchard.

2. Pourquoi le choix du statut indépendant

Le statut de freelance permet de toucher à une bonne diversité de projet, d’avoir des horaires variables, de retoucher depuis chez soi et de ne pas être soumise à un patron. Cependant il reste fragile par rapport à un poste salarié et demande une bonne dose d’administratif, de prospection et de communication. 

Après le bac, je recommande de se former à la photographie, que cela soit via une école ou bien des stages car il faut beaucoup pratiquer et acquérir une certaine maturité. De plus, il y a actuellement beaucoup de concurrence sur le marché de la photographie, il faut donc être capable de se démarquer. Je n’ai pas hésité à créer mon entreprise, cependant, j’ai mis de longues années avant de me sentir prête à être uniquement à mon compte. Il faut à minima 2 à 3 ans avant d’obtenir une meilleure stabilité.

Les avantages de la freelance

Selon moi : 

– Pouvoir travailler pour une grande diversité de projets. C’est-à-dire, un jour faire des photos de mode pour une marque de vêtement, un autre un reportage mariage et le suivant des photos culinaires. 

– Pouvoir aménager son emploi du temps. Les horaires étant variables suivant les projets, cela laisse la possibilité de bien s’organiser entre les grosses semaines et les jours un peu plus creux. De commencer plus tard et finir la journée dans la soirée par exemple. 

– Pouvoir travailler depuis chez soi, en partie. La retouche et le travail de bureau (communication, prospection, etc.) peuvent amplement se faire depuis chez soi et ne nécessitent donc pas de déplacement. 

– Pouvoir être son propre patron. Être auto-entrepreneur, c’est être chef d’entreprise et donc ne pas être sous les directives d’un N+1, N+2, N+3, etc.

Les inconvénients de la freelance

Les désavantages de la freelance sont selon moi : 

– Devoir faire tous les postes d’une entreprise. Être seule aux commandes nécessite d’effectuer les tâches d’un commercial pour trouver et démarcher des clients, d’un directeur pour la négociation ou la validation des contrats, d’une chargée de communication pour la stratégie et la recherche de pistes pour la visibilité de l’entreprise, d’un webdesigner pour la gestion du site web, d’une community manager pour la création de contenu pour les réseaux sociaux, d’une gestionnaire administrative pour l’administration et la petite comptabilité, et encore beaucoup d’autres professions, tout cela, en plus du métier de photographe. Bien entendu, pour tous ces métiers, n’hésitez pas à vous entourer et à travailler avec des professionnels du domaine afin d’obtenir un travail de qualité là où vous ne pouvez pas assurer. 

– Le déséquilibre potentiel entre période d’activités et période creuse. Contrairement au statut de salarié, qui permet d’avoir de façon sûre une paie à la fin du mois, celui d’auto-entrepreneur reste fragile. En effet, il n’y a aucune certitude sur le fait d’obtenir assez de contrats dans le mois pour parvenir à l’objectif de CA (= chiffre d’affaire) fixé. 

– Devoir financer et renouveler son matériel lorsque cela est nécessaire. Le métier de photographe coûte plutôt cher. Il nécessite d’avoir à minima un boîtier de qualité (un deuxième en backup), plusieurs objectifs correspondant aux domaines que vous souhaitez photographier, des cartes mémoires, plusieurs batteries, des lumières et accessoires (au minimum un flash cobra et un réflecteur, et si vous visez le studio, des torches, des trépieds, etc). À cela s’ajoute, un ordinateur supportant les logiciels de retouche et une bonne capacité de stockage. 

– Devoir se projeter sur le bénéfice une fois tous les frais retirés. Il faut bien penser que ce que le client vous donne est votre chiffre brut, il faut déduire le pourcentage.

3. La réalité du photographe indépendant, c’est quoi ?

Il est difficile d’avoir des journées qui se ressemblent. En ce qui concerne une journée de shooting photo : en amont de la séance, il y a la prise de contact du client et le brief sur le projet, le temps de réflexion sur le sujet et la création du moodboard ainsi que le repérage des lieux si la séance est en extérieur ou en intérieur. Le jour J, le shooting se déroule suivant le plan établi et aux heures convenues, cela peut être 2h de reportage industriel dans un entrepôt ou une journée de photo à la montagne pour la nouvelle collection d’une marque, tout comme 1h de portrait grossesse au bord d’un lac. Lorsque la séance est terminée, il est temps de déposer les images sur l’ordinateur et de faire un premier tri afin que le client sélectionne les photos prévues sur le contrat. La plupart du temps, il se passe plusieurs jours, voire semaines, entre le premier contact et la fin de la retouche des clichés. Il y a généralement plus de temps de retouche, de recherche, de communication ou encore d’administratif que de réelles prises de vue. Mais cela n’enlève en rien la joie de créer en photographie, que cela soit pour un client ou pour un projet personnel. 

Le fait que les revenus sont irréguliers et que toutes les tâches incombent à vous seul, cela peut être une source de stress. Mais le principal c’est de ne pas s’enfermer dans cette charge. Vous pouvez parler à vos proches ou bien décider de travailler dans un café ou un espace de coworking afin d’être entouré. Faire un travail en intérim ou en CDD pour compléter peut aussi être une solution pour retrouver un équilibre financier.

Pour moi, le métier correspondait assez bien à l’image que j’en avais. Il faut bien garder en tête que ce n’est pas qu’une passion, c’est un métier qui nécessite du travail, cela ne va pas forcément être une voie vers la célébrité. Ce qui me plait le plus, c’est de pouvoir travailler avec une grande variété de clients. Chacun a son histoire. J’aime aussi le fait d’effectuer la communication de mon entreprise tout comme chercher des pistes stratégiques. Ce qui est plus difficile est la capacité à se vendre et la variation des bénéfices.

4. Comment investir quand on débute en photographie ?

Après le bac, il faut prévoir un premier budget pour la formation, un second pour votre matériel, un troisième pour les logiciels de retouche. Si vous visez un seul domaine, il s’agira d’avoir le matériel qui lui correspond. Plus vous allez vous diversifier, plus il vous faudra de matériel. Vous pouvez aussi choisir de louer certains produits, comme des objectifs par exemple.

Pour débuter en tant que freelance, il vous faut un bon boîtier et de bons objectifs, suivi par un ordinateur assez puissant pour la retouche et le stockage. Il vous faut aussi un portfolio en ligne !

Pour éviter les erreurs d’achat, il faut toujours se renseigner sur le matériel visé et ne pas hésiter à lire des tests comparatifs. Le mieux, si vous en avez l’occasion, est de le tester vous-même. La différence ne se fera pas sur le matériel (pour la plupart des cas) mais sur la capacité à le maitriser et à créer grâce à lui.

Pendant mes études, j’avais un refex semi-professionnel et un seul objectif. À la sortie, j’ai investi dans un boîtier professionnel, un objectif 50 mm et un 24-70. Aujourd’hui, je garde ce dernier boîtier en backup et travaille avec un hybride. J’ai aussi une plus grande diversité d’objectifs, du matériel de studio et d’autres accessoires.

5. Comment trouver ses premiers clients en freelance ?

Dans mes souvenirs (cela fait plus de 10 ans), mes premiers clients furent des connaissances ou des personnes nées du bouche-à-oreille. Le réseau est long à installer lorsque l’on débute, que l’on soit jeune ou plus vieux. Selon moi, il est important d’être sur les réseaux sociaux, surtout ceux qui correspondent à vos cibles. Cela ne vous servira pas de vous étaler sur tous les réseaux, il faut bien les choisir et adapter sa communication. Le bouche-à-oreille est une bonne façon, parmi d’autres, de se créer un réseau et cela valide votre travail. En effet, si quelqu’un vous a recommandé, c’est qu’il était satisfait du rendu et de votre comportement.

Je déconseille de travailler gratuitement pour un client pro qui vous a sollicité, cela dévalorise votre travail et celui de vos pairs. La marque ou l’entreprise va gagner de l’argent sur vos efforts non-rémunérés. Le seul moment où la « gratuité » peut être envisagée, selon moi, est dans un cadre strict de collaboration pour un projet commun et personnel qui intéresse et servira les deux parties (pour actualiser votre book ou concourir pour être exposé, par exemple). Mais attention à ne pas servir gratuitement les intérêts de votre interlocuteur, personne ne doit être perdant !

Un conseil : trouver quelque chose qui vous différencie. De mon côté, j’ai aussi fait un master en graphisme et direction artistique, ce qui me permet de proposer à la fois des prestations photos et graphiques. 

Avoir un portfolio est très très important ! Que vous l’ayez fait sur une plateforme dédiée ou/et que vous ayez votre propre site internet, il faut être capable de montrer son travail aux potentiels clients ! À terme, je vous conseille de créer votre site internet (par ailleurs, vous pouvez vous faire accompagner par un webdesigner et un développeur pour cela).

Dans les backstage d'un shooting de photographies de mode avec Florence Branchard.
Dans les backstage d’un shooting de photographies de mode avec Florence Branchard.

6. Se spécialiser ou rester polyvalent en photographie ?

L’objectif principal est de bien maîtriser les domaines pour lesquels on propose des prestations. Il faut surtout garder à l’esprit que c’est le style du photographe choisi qui va être important, bien plus que sa spécialisation. Pour ma part, j’en ai plusieurs, elles vont du portrait à la photo de mode, en passant par le culinaire et la photo de produit. Pour autant, je suis ouverte à d’autres domaines, cela me permet de réaliser des projets très différents chaque mois. Je fais donc aussi des reportages, des photos de mariage ou des images industrielles, par exemple. Au départ, je suis rentrée dans un studio dans lequel je faisais des packshots (comprendre les photos de produit sur fond neutre sans scénographie) et des prises de vue sur des mannequins. En parallèle, je faisais des portraits et des photos de mariage pour mon compte. C’est ce qui m’a permis d’être pluridisciplinaire et de m’ouvrir à d’autres domaines.

Un bon contact au bon moment peut ouvrir beaucoup de portes. Beaucoup de témoignages de photographes racontent qu’ils ont commencé sans spécialisation précise, afin d’expérimenter et d’apprendre. La spécialisation est souvent venue progressivement, avec l’expérience et les opportunités. Il y a beaucoup de monde sur le marché de la photographie freelance et peu de postes salariés. Il faut donc savoir se démarquer pour trouver les clients et les fidéliser. Se spécialiser peut aider à être mieux identifié par les clients, mais cela ne remplace ni l’expérience ni le relationnel qui restent essentiels pour se faire connaître et travailler régulièrement.

7. Comment gérer son auto-entreprise en photographie ?

Il est important de savoir vendre ses prestations, gérer la relation avec le client, gérer les devis et factures et savoir communiquer. C’est un point que les écoles oublient un peu, malgré des cours de droit. C’est quelque chose que j’ai appris au fur et à mesure au travers de livres sur le sujet et de mon expérience.

Que cela soit pour le statut photographe freelance ou salarié, je fus surprise de devoir me battre pour me défaire des étiquettes. Les clients ont tendance à penser que si vous faites des photos dans un domaine, vous ne faites que ça et n’en sortez pas. Alors que faire du packshot, par exemple, n’empêche pas de réussir aussi ses photos de mode en extérieur ou du culinaire. La plupart du temps, les clients ont du mal à se projeter quand on ne leur montre pas un cas précis qui ressemble à ce qu’ils recherchent.

Fixer ses tarifs est une partie du travail toujours pénible à élaborer. Le mieux est de faire de la veille afin de voir les prix pratiqués par vos pairs pour une prestation identique dans votre région. Vous pouvez décider de comment vous positionner suivant votre niveau d’expérience, en tenant compte du nombre d’heures à allouer au projet, du matériel utilisé et de la diffusion demandée par le client (droit d’auteur). La précarité est une vraie question, mais se gère avec de l’anticipation, de la patience et une vision à long terme. Il ne faut jamais compter sur un seul client régulier et toujours prévoir comment se retourner.

8. De quelles erreurs as-tu apprises en photographie ?

Mes erreurs ont été de sous-évaluer le prix de mon travail et de manquer de cadre juridique. La solution ? 1. Faire beaucoup de veille sur les tarifs et tester pour évaluer le nombre d’heures que vous allez donner au projet. 2. Se renseigner fortement sur la façon correcte de rédiger un devis et une facture, sans oublier la rédaction de CGV (= conditions générales de vente) et des contrats légaux de cessions de droits d’auteur ou d’image.

Mais je n’ai jamais envisagé d’arrêter, je ne sais pas abandonner ! Je préfère toujours compléter mon statut d’auto-entrepreneur avec d’autres activités plutôt que de le laisser complètement tomber. Je peux compter parmi mes réussites, les avis très satisfaits de mes clients, le fait d’avoir travaillé avec de jolies marques, d’avoir exposé plusieurs fois mes photos et que certaines de mes images aient parues dans des livres et magazines. ​​Je me dis que les échecs permettent d’apprendre et d’éviter de refaire certaines erreurs. Les périodes creuses permettent de créer des projets plus personnels et aussi de voyager.

L'envers du décor sur un shooting de collection de vêtements, les photographes sont parfois soumis à de rudes épreuves !
L’envers du décor sur un shooting de collection de vêtements, les photographes sont parfois soumis à de rudes épreuves !

9. Que conseilles-tu aux jeunes voulant être photographe en freelance ?

Je leur conseillerais de pratiquer, pratiquer et pratiquer encore, de tester des techniques et de chercher à les maîtriser, de se cultiver sans cesse et surtout, de ne pas hésiter à parler de son projets à son entourage. Il faut prendre son temps et apprendre le plus possible (pratique et théorie) avant de se lancer en freelance.

La curiosité, la persévérance et le sens de l’organisation et du relationnel sont essentiels. Réussir, ce n’est pas seulement faire de bonnes images, c’est aussi savoir s’adapter, se remettre en question et créer des liens. La passion est essentielle mais savoir se vendre, fixer ses tarifs et gérer son activité est tout aussi important que bien photographier.

Je recommanderais la photographie en freelance à ceux qui sont vraiment motivés, curieux et prêts à s’investir sur le long terme. C’est un métier exigeant, mais très enrichissant pour celles et ceux qui acceptent ses réalités.

10. Que penses-tu du métier de photographe de demain ?

Le métier a déjà beaucoup évolué avec le numérique, et il continue avec les réseaux sociaux et l’IA. Pour l’instant, la demande en images authentiques reste présente. Le numérique a fortement remplacé le travail à la pellicule et a permis de produire plus à moindre coût. Concernant l’IA, je ne suis pas la mieux placée pour répondre objectivement car je ne l’utilise pas vraiment. Je commence à voir des entreprises qui remplacent les mannequins sur leurs images e-commerce par des faux modèles IA ou des clichés fait entièrement via l’IA. Adobe a aussi créé un outil IA facilitant le montage ou la postproduction sous Photoshop

Les jeunes photographes ont aujourd’hui plus d’outils pour se montrer, notamment grâce aux réseaux sociaux et aux plateformes en ligne. En revanche, la concurrence est plus forte, ce qui rend la persévérance, le réseau et la singularité encore plus importants. Bien que plus accessible, le métier est plus difficile de par le nombre de photographes présents sur le marché qui est beaucoup plus conséquent qu’il y a 10 ou 20 ans. 

Il est important de se fixer des objectifs réalistes, de continuer à apprendre et de s’entourer. Alterner projets personnels et commandes permet aussi de garder du sens et de l’envie sur la durée.

Quoi qu’il arrive, gardez cette passion qui vous anime au travers de la photographie. 

Florence Branchard, photographe indépendante en région lyonnaise.
Auto-portrait de Florence Branchard, photographe indépendante en région lyonnaise.

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