Le pansori : quand la Corée raconte en chantant

Un art qui mêle musique, récit et émotions

Le pansori (판소리) est une forme d’art coréen unique qui combine chant, récit et théâtre. Il met en scène un ou une chanteuse (sorikkun) et un batteur (gosu), qui l’accompagne au tambour traditionnel buk. Ensemble, ils racontent des histoires pleines d’humour, d’amour ou de drame, parfois pendant plusieurs heures.

Le mot pansori vient de pan (« lieu de rassemblement ») et sori (« son » ou « chant »), ce qui rappelle ses origines populaires : des spectacles donnés en plein air pour un public varié.

Reconnu comme trésor culturel de la Corée et inscrit par l’UNESCO au patrimoine immatériel de l’humanité, le pansori est aujourd’hui considéré comme l’un des joyaux de la culture coréenne.

Danse traditionnelle en costumes blancs. Pansori
File:Korean music-Pansori-Heungbuga-01.jpg” de by bdnegin (Brian Negin) sous licence CC BY-SA 3.0

D’où vient le pansori ?

Le pansori est né au XVIIIᵉ siècle, à l’époque de la dynastie Joseon. D’abord un divertissement populaire inspiré des rituels chamaniques et des chansons de village, il a peu à peu gagné en prestige. Les élites lettrées de l’époque y ont vu un moyen de transmettre des valeurs morales et confucéennes.

Au XXᵉ siècle, il a même évolué vers une forme de théâtre appelée changgeuk, une sorte d’opéra coréen où plusieurs acteurs incarnent les personnages sur scène.

Comment se déroule une performance ?

Un spectacle de pansori n’a besoin que de deux artistes et d’un éventail comme accessoire :

  • Le sorikkun incarne à lui seul tous les personnages grâce à sa voix. Il passe du tragique au comique, improvise et communique avec le public.
  • Le gosu bat la mesure et encourage le chanteur avec des cris d’approbation, appelés chuimsae.
  • Le public participe aussi : il rit, applaudit, réagit. Le pansori est une expérience vivante, presque interactive.

Une performance complète peut durer… jusqu’à huit heures !

Les grandes histoires du pansori

À l’origine, on comptait une douzaine de récits de pansori appelés madang. Avec le temps, seuls cinq ont traversé les siècles et continuent d’être joués aujourd’hui.

Le plus célèbre est sans doute Chunhyangga, une longue fresque amoureuse où la fidélité triomphe malgré les obstacles sociaux et politiques. Simcheongga raconte quant à lui l’histoire bouleversante d’une fille prête à se sacrifier pour rendre la vue à son père aveugle, un récit où la piété filiale occupe une place centrale.

Dans Heungbuga, l’accent est mis sur le contraste entre deux frères, l’un généreux et l’autre cupide, offrant une leçon morale pleine d’humour et de fantaisie. Jeokbyeokga transporte le public dans une relecture d’un épisode historique chinois, où l’épopée guerrière est portée par l’intensité dramatique du chant.

Enfin, Sugungga met en scène des animaux dans une fable à la fois satirique et comique, où se mêlent ruse et ironie.

Enfants en costumes traditionnels coréens.
Pansori im Hanok” de Jens-Olaf sous licence CC BY-NC 2.0

Le pansori aujourd’hui

Le pansori continue de se transmettre de maître à élève, dans une tradition exigeante qui s’appuie presque exclusivement sur l’oralité. Pourtant, cet héritage n’empêche pas l’art de se réinventer.

Depuis plusieurs années, des chanteurs et des musiciennes explorent de nouvelles voies, en mariant le pansori à la danse contemporaine et en créant des spectacles qui mélangent des univers esthétiques très différents. Cette hybridation permet d’ancrer la pratique dans son époque, sans pour autant renier ses racines anciennes.

La modernisation passe aussi par la musique populaire. Le groupe coréen Leenalchi illustre bien cette démarche : en revisitant les récits traditionnels et en les adaptant à des sonorités pop et électroniques, il a su séduire un public jeune et curieux. L’art séculaire, autrefois réservé à un cercle restreint de connaisseurs, se diffuse ainsi sur de nouvelles scènes et touche des auditeurs qui ne s’y seraient peut-être jamais intéressés.

Par ailleurs, le pansori trouve aujourd’hui des applications inattendues, notamment dans le domaine de la thérapie. Utilisé comme outil d’expression émotionnelle, il a montré son efficacité pour aider des personnes en dépression à se reconnecter à elles-mêmes et à retrouver un souffle créatif.

Clip Look At Me Look At Me de Leenalchi

Pourquoi s’y intéresser ?

Le pansori n’est pas qu’un art ancien enfermé dans les musées : il reste un miroir vivant de la société coréenne. À travers ses récits, il transmet des valeurs qui résonnent encore aujourd’hui, comme la loyauté, l’amour ou la piété filiale. Il touche également par sa force expressive, capable d’émouvoir même celles et ceux qui ne comprennent pas la langue coréenne. La puissance de la voix, l’intensité du récit et la complicité avec le public suffisent à créer une expérience universelle.

Ce qui rend le pansori particulièrement fascinant, c’est sa capacité à évoluer sans perdre son identité. Il se situe à la croisée du passé et du présent, entre fidélité aux racines et ouverture aux influences contemporaines.

Pour les étudiantes et étudiants qui s’y intéressent, il représente une occasion unique de découvrir un pan essentiel de la culture coréenne, tout en observant comment une tradition peut traverser les siècles et continuer à inspirer.

Sources

Développeuse dans le domaine du nucléaire, je suis passionnée par la linguistique et l'informatique. Je vous partage mes connaissances sur Workyt ! :)